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Le lundi 5 juin 2006
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RECIT Prorata temporis Jean-CLaude Tardif
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Dans un monde où optimisation, assainissement et transparence sont devenus les maîtres mots, une poignée d’hommes a réussi à échapper aux procédures de contrôle mises en place par le Leader. Ce sont les Obbomen, des vieillards affamés et traqués. Contraints de se nourrir de chiens ou de cadavres humains, ces improductifs des bas-quartiers sont exposés à des chasses à l’homme dûment réglementées. Prorata Temporis entrecroise le récit de l’un d’entre eux et celui de ses filles, dont l’une lutte désespérément pour redonner vie au passé en retrouvant les mots engloutis par le langage policé de la culture officielle. Un récit poétique d’anticipation doublé d’une fable sombre autour des rapports entre pouvoir, liberté et langage. Extrait « Aurons-nous une tempête de neige ? Je tremblais, je me dis que cela faciliterait la traque aux Obbomen, le relevé des empreintes. Du pain béni pour la milice et un petit peu plus de misère pour nous tous. Si cela advenait, il me faudrait effacer mes pas au fur et à mesure. Gommer mon trajet vers le quartier des livres, cache-cache fastidieux qui me verrait courbé en deux, marcher à reculons pour supprimer toute empreinte puisqu’il était tout aussi dangereux dans notre monde d’aller que de venir. Nous étions pauvres, nous nous devions donc d’être immobiles. C’est du moins ce qu’ils s’employaient à nous faire croire. Les plus lucides ou les plus infiltrés d’entre nous allaient jusqu’à affirmer qu’ils avaient inventé la mort pour cela, nous forcer à l’inerte ! Longtemps je m’étais refusé au poids de ces mots. Mais aujourd’hui que mon nom figurait sur leurs listes, que demain me verrait Obboman, alors que mon corps se faisait moins vif et que je voyais soudain l’effacement de mes traces sur la neige comme ma seule preuve de survie, qu’en était-il ? » L’auteur Né en 1963 à Rennes dans une famille ouvrière, Jean-Claude Tardif a publié une dizaine de recueils de poésie (L’Homme de peu, éd. La Dragonne, 2002 ; Nuitamment, éd. Cadex, 2001) et plusieurs récits (Louve peut-être, éd. La Dragonne, 2005 ; Il existe aussi des histoires d’amour, éd. Edintinter, 2006). Plusieurs de ses nouvelles ont été publiées dans les revues L’Atelier du roman, Le Paresseux, Marseille, la Revue Littéraire, Rimbaud revue... Jean-Claude Tardif vit et écrit en Normandie, où il dirige la revue A l’’index. Jean-Claude Tardif, "Prorata Temporis", éd. Le Mort-Qui-Trompe, 2007. 64 pages - 8,50 euros
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