Traction Brabant /14/

par Patrice Maltaverne,    

 

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Alors voilà, pour être un bon écrivain c’est comme une recette dans laquelle il faut se laisser porter au début la qualité des oracles du poète du haut de la plaque le prédispose à des propos qui tombent à pic dans le murmure d’indifférence mais en y regardant bien là n’est pas encore son succès d’estime les paroles pour être admises doivent être répétées plusieurs fois après la réussite se joue ailleurs dans la qualité du silence associée à la pureté des oracles tant et si bien que leur valeur dépend de la pureté du silence un vrai silence de bonne qualité ne doit pas dépendre des idées même pour un communiste surtout libertaire l’interruption volontaire de silence force aux rapports humains non protégés il n’est même pas besoin de prétexter que l’on a une famille à torcher ou une vieille tante en viager quand on dispose d’un beau silence on n’a pas de famille la qualité du silence donne au bon écrivain les trois quarts de son intelligence face aux choses de la vie les hommes comptent pour du beurre c’est le moyen le plus sûr de couper court à toute tentative d’immixtion dans un débat où tremblerait la tolérance comme ça on peut conclure seul à seul avec ses idées qu’on les gardera toujours comme une tribu de poux dans un monde poli le silence est bien vu il est malséant de déranger les autres quand on a pas envie d’être dérangé par eux un bon écrivain ce n’est pas quelqu’un qui a une présence extraordinaire ses oracles disent le contraire c’est quelqu’un qui réussit chaque jour à être invisible (...)

Texte paru dans le dernier numéro de Traction Brabant , le PoéZine de Révolte Irrégulière Fait Maison.

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Diffusion parasitaire sur Internet et sur le blog de Traction Brabant.

 



Patrice Maltaverne

Né en 1971 à Anvers, Patrice Maltaverne vit entre Nancy et Metz. Dès 1988, il publie des textes dans plusieurs revues ("Décharge", "Diérèse", "Le Jardin ouvrier"). Il est l’auteur de quatre plaquettes : "Comme une lampe qui s’éteint" (Ed. On a faim, 1999), "Descente au nadir" (Ed. l’Impertinente, 2001), "La fête seule" (Ed. Clàpas, 2001) et "Le don du sang de la demoiselle en tailleur gris" (Ed. Part en Thèses, 2003). Depuis janvier 2004, il anime le poézine "Traction Brabant".

 




 

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