Dernier Angot à Paris :
Le trou du culte

par Jean-Paul Gavard-Perret,    

 

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Rendez-vous, Flammarion, Paris.

D’où vient que finalement chez Christine Angot tout sent la mise en scène ? Sans doute parce que, trop près de sa vie et vacant dans l’événementiel le plus intime, celle chez qui on avait cru percevoir à l’origine de sa carrière "une voix" ne possède et ne développe qu’une faconde, un style, un savoir-faire à la recherche d’institutionnalisation et de substantification généralisée de son intimité en modèle. Tout se joue un peu comme le pratiquaient - dans un autre registre bien sûr - les mystiques du Moyen-Age telle qu’Angèle de Foligno : en érigeant leur trace en "maison dieu". Mais ce qui reste le plus agaçant chez Angot - elle n’y est d’ailleurs pour rien puisque c’est sa marque de fabrique et on ne peut la taxer sur ce point d’absence de sincérité - tient au fait que cette langue qui n’en est pas une "sent" malgré elle la parodie. Il s’agit là d’une version en seconde ou en tierce de la ligne mélodique d’un Beckett ou d’une Duras.

Certes cette écriture peut ravir le gogo - d’où les polémiques à son sujet et peut-être la séduction angotienne. En effet, si l’on gratte un peu le tout venant factuel de son livre et l’histoire d’amour - substrat vaseux des épisodes qu’il rapporte - on peut sembler être pris dans une nouvelle version de l’être ou le néant : mais hélas aucun d’eux ne possède chez l’auteur de procédure d’appel contre le crime de n’être qu’annoncés. Cela représente sans doute pour beaucoup une invitation à la discussion mais le mieux est de la boucler.

Ne cédant jamais - même si elle dit le contraire - à la tentation de la réalité, son "rendez-vous" est forcément manqué, non pas à cause de ce que la "narratrice" souligne à son amant ("tu dis que tu as peur qu’il n’y ait que l’écriture entre nous, mais moi l’écriture c’est quelque chose qui peut remplir ma vie") mais parce que justement il n’y a pas d’écriture. Tout fait figure sinon d’imposture du moins de formules venues du lieu focal (et foetal), de l’autel où l’auteur - mater ecclesia - abrite ses reliques du type "si je n’étais plus capable de distinguer les sentiments vrais des faux je me licenciais moi-même". Ce qui, au passage, n’est pas là le signe d’une modestie exemplaire mais peut assurer une place juteuse dans la nouvelle mode du coaching personnalisé.

L’erreur d’Angot (et de certains de ses fans pour lesquels on peut avoir beaucoup d’estime : au premier rang Jacques Henric) est d’affirmer qu’il y a dans sa littérature mieux et plus que l’apparence. Si l’on raisonne ainsi il n’est pas interdit de considérer le vide comme le plus clair de la pensée de l’auteur et non comme une métaphore introduite à la sauvette. A trop parier par son écriture sur le sens des choses et des événements, Angot aboutit à une écriture qui ne produit qu’un effet-farce et une pensée qui exige une réponse. Or, comment expliquer la nuit à la nuit puisque l’auteur ne peut emprunter les chemins de la foudre que seule créé une langue digne de ce nom ?

Certes n’est pas Joyce, Beckett, Novarina ou Prigent qui veut. Et Angot n’est pas la pire des romancières, loin s’en faut. Mais on sent en elle que l’infini et l’éternité sont une maladie qui l’encombre (d’où le retour à cette sainteté laïque dont on parlait plus haut). Il lui faudra sans doute encore bien du temps pour se défier de la trahison d’un tel crépuscule dérisoire. Le "Rendez-vous" ne risque pas de présenter pour l’heure une version discrète de l’être : à "la fleur de Personne" de Celan, Angot exhibe la sienne dans une avalanche verbale aussi tranquille que syncopée.

Ce temps est peut-être nécessaire à l’auteur afin de sortir d’une mania, d’abréger cette bourre duveteuse qu’elle nomme sa "lucidité". Le temps surtout de savourer l’absence d’identité puisque celle-ci possède le goût du remords donc de la justification.
Bref, le temps de faire reculer les choses qu’elle prétend éclairer et de découvrir que son parcours initiatique - dont elle accouche depuis L’Inceste (à l’exception des Désaxés, en 2004) - n’est un accroissement de nulle part. Il n’aboutit qu’à son propre passage.

L’errance reste la plus grande des oeuvres littéraires mais Angot n’en est pas encore là. Devenir sable est notre but - avant de devenir poussière - c’est le moyen de se libérer de l’affliction de la fécondité. Mais Angot doit encore apprendre que notre conscience ne révèle que la propre incertitude à son égard. Le reste - si reste il y a - possède l’épaisseur d’une hallucination, d’une locution proverbiale. Demeure donc à l’auteur à estimer qu’il n’existe pas plus d’identité que de densité. Il faut exister comme tout : sans vérité.

 


Jean-Paul Gavard-Perret

Agé de 59 ans, né à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret poursuit une recherche et une réflexion littéraires ponctuées d’une vingtaine de livres. Ses plus récentes publications : "Trois faces du nom" (Editions L’Harmattan), "Chants de déclin et de l’Abandon" (Editions Pierron, 2003), "A l’Epreuve du temps" (Dumerchez, 2003), "Donner ainsi l’espace " (La Sétérée, 2005), "Samuel Beckett, l’imaginaire paradoxal et la création absolue " (Minard, 2001). Il travaille aussi sur les taches d’encre publiées dans diverses revues.

 


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> Le trou du culte
(1/ 1) 17 novembre 2009, par marie sagaie-douve

 

 


> Le trou du culte
17 novembre 2009, par marie sagaie-douve

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